Pourquoi les taux ne sont pas les mêmes en janvier qu’en septembre ?

Finance

Un même profil d’emprunteur, le même bien, la même banque. Et pourtant, déposer un dossier en janvier ou en septembre peut aboutir à des conditions différentes. Ce n’est pas une question d’humeur ni de chance. C’est le résultat de plusieurs mécanismes qui font bouger les taux de crédit immobilier en permanence, parfois dans le même mois, selon des logiques qui s’ignorent ou se combinent.

Les marchés obligataires, moteur principal des taux de crédit immobilier

Ce que beaucoup d’emprunteurs ignorent, c’est que les taux crédit immobilier ne sont pas fixés librement par les établissements : ils sont adossés à un indicateur de référence que les banques ne contrôlent pas, l’OAT 10 ans, l’Obligation Assimilable du Trésor à dix ans, qui mesure le coût auquel l’État français emprunte sur les marchés financiers.

Quand l’OAT monte, les banques empruntent elles-mêmes plus cher pour se refinancer et répercutent cette hausse sur leurs barèmes. Quand elle se détend, la marge s’élargit et les taux peuvent reculer. Ce mécanisme est quasi-automatique, indépendant du calendrier et de la saison.

L’OAT ne suit pas un calendrier saisonnier

C’est là que réside la première réponse à la question du titre. L’OAT 10 ans réagit aux publications macroéconomiques, aux décisions des banques centrales, aux tensions géopolitiques et aux anticipations des investisseurs. Elle peut monter fortement en avril à cause d’une crise internationale, puis se détendre en août si les perspectives d’inflation s’améliorent. Elle n’a aucune raison structurelle d’être plus haute en septembre qu’en janvier, ou l’inverse.

Lire aussi :  Lefil Crédit Agricole Pyrénées Gascogne : simulateur crédit en ligne

Ce que l’on observe sur des périodes longues, c’est une succession de cycles, pas de saisonnalité. Les emprunteurs qui ont suivi le marché en 2022-2024 l’ont vécu de façon très concrète : les taux ont doublé en l’espace de quelques mois, sans respecter aucune logique calendaire.

La BCE, un calendrier qui s’impose à tout le marché

La Banque Centrale Européenne tient ses réunions de politique monétaire environ huit fois par an, à intervalles réguliers. Ses décisions sur les taux directeurs influencent directement le coût de refinancement des banques commerciales, et donc, par ricochet, les conditions qu’elles proposent aux emprunteurs.

Comment une décision à Francfort se retrouve dans une offre de prêt

Lorsque la BCE relève ses taux directeurs, les banques voient leur coût de ressources augmenter. La répercussion sur les taux immobiliers intervient généralement dans les semaines qui suivent, parfois moins. À l’inverse, un cycle de baisse des taux directeurs, comme celui amorcé en 2024, ouvre la voie à une détente progressive sur le crédit immobilier.

Certaines réunions de la BCE sont plus scrutées que d’autres, notamment celles de mars, juin et septembre, qui correspondent souvent à des revisions des projections économiques. Un changement de cap annoncé lors de la réunion de septembre peut donc produire des effets sur les barèmes dès octobre, indépendamment de tout facteur saisonnier.

Les stratégies commerciales des banques, un second moteur de variation

À côté des marchés, les banques ont leurs propres logiques. Et ces logiques introduisent des variations calendaires réelles, même si elles sont moins prévisibles qu’on ne le pense.

Lire aussi :  Quotient familial 600 euros : impact sur vos aides et avantages

Janvier et la course aux nouveaux objectifs annuels

En début d’année, les établissements bancaires repartent avec de nouveaux objectifs de production de crédits. Pour atteindre rapidement les cibles fixées en interne, certains choisissent d’afficher des conditions plus compétitives dès janvier et février, à un moment où l’activité immobilière est naturellement plus calme. C’est une façon d’attirer des dossiers qui pourraient aller à la concurrence.

Ce phénomène est documenté : les courtiers comme Cafpi observent régulièrement des barèmes plus agressifs en début d’année chez certains établissements, créant des opportunités ponctuelles pour des emprunteurs bien préparés.

La rentrée de septembre, le moment où tout s’accélère

Septembre est l’un des mois les plus actifs de l’immobilier résidentiel. Les familles qui ont suspendu leur recherche pendant l’été reviennent sur le marché. Le flux de dossiers augmente. Les banques qui ont leurs carnets bien remplis n’ont pas nécessairement besoin d’être les moins chères pour attirer des clients.

Mais l’inverse peut aussi se produire. Un établissement qui accuse un retard sur ses objectifs de production peut choisir septembre pour une offensive tarifaire. La rentrée n’est donc ni systématiquement favorable ni défavorable aux emprunteurs. Elle est simplement un moment d’activité intense, où les décisions de chaque banque divergent davantage qu’en période creuse.

Ce que cela change pour un emprunteur qui suit le marché

Attendre la “bonne période” pour emprunter est une stratégie risquée. Les facteurs qui font bouger les taux, OAT, BCE, stratégie bancaire, événements macro, ne sont pas anticipables avec fiabilité. Des emprunteurs ont attendu une baisse qui n’est pas venue, ou inversement ont agi au bon moment par chance plutôt que par calcul.

Ce qui reste entre les mains de l’emprunteur, c’est la qualité du dossier et la comparaison des offres au moment où le projet est réellement prêt. Un bon dossier présenté à plusieurs établissements simultanément obtiendra de meilleures conditions qu’un dossier moyen présenté au “bon moment”. 

Laisser un commentaire